Et pourtant...
Je vais essayer de vulgariser un système qui a permis de créer récemment de nombreux produits dérivés. (Je m'excuse par avance pour cette tartine qui va sembler indigeste probablement à beaucoup)
La bourse du carbone est un type de marché de droits à polluer pour les gaz à effet de serre.
Les mécanismes de marchés environnementaux sont beaucoup plus ancien et reposent sur l'analyse de Ronald Coase (Prix Nobel) dans les années 1960.
http://www.alternatives-economiques.fr/ ... 27580.html
L'EU ETS (European Union Emission Trading Scheme = le marché européen du carbone) n'est pas le premier.
Les premiers mécanismes d’échange de droits de polluer furent mis sur pied en Amérique du Nord afin de combattre les émissions de polluant atmosphérique causant les pluies acides aux États-Unis (protocole de Montréal il a une 30aine d'années).
Ces mécanismes initiaux ont permis de diminuer notablement les pluies acides, mais il n'était pas spéculatif ni cotable et à ce titre comporte des différences importantes avec le système de bourse du carbone.
Commençons par les bons côtés.
La bourse du carbone permet effectivement de réduire les coûts d'adaptation de son industrie à une limite à l'émission : sans bourse, une firme A en dessous de son quota ne fera plus aucun effort de réduction (même s'ils sont faciles et peu coûteux pour elle), alors qu'avec une bourse un effort de réduction pourra se monnayer.
A l'inverse, une industrie B qui dépasse son quota et pourrait difficilement (à grands frais) réduire ses émissions pourra acheter des quotas en plus. Globalement, l'ensemble A + B peut réduire ses émissions à moindre frais que si la même réduction est exigée séparément à chacun.
Par contre il est indiscutable qu'il existe d'autres effets consécutifs à la possibilité d'acheter des droits par des non-utilisateurs, des États émetteurs, etc...
Ce système permet une spéculation, des pressions à la baisse d'émissions par des acheteurs de droits non utilisateurs (groupe environnementalistes, gouvernements) et surtout la constitution d'un marché dérivé (achat et vente à terme).
Les droits d'émissions achetés sont négociables même si l'attribution initiale des droits (à titre gratuit ou onéreux, pour une durée limitée ou non, etc.) est indépendante du mécanisme de la bourse.
À l'issue de la phase pilote 2005-2007, il a bien fallu admettre que le système ne fonctionnait pas correctement !
Le bordel est apparu dès la 1ere phase en 2006, BlueNext (filiale de NYSE Euronext à Paris) était le marché Carbone au comptant le plus liquide du monde. Les marchés de New York et Chicago devront attendre que les États-Unis ratifient le protocole de Kyoto pour pouvoir également coter des droits d'émissions.
Début 2006, le permis d'émission pour une tonne de CO2 s'échangeait environ 25 € pour un volume de l'ordre de 2 000 000 de tonnes échangées sur BlueNext (autant te dire qu'il y eu un paquet de "petits profits" réalisés sur un marché purement virtuel !).
Mi-mai 2006, le cours a brutalement chuté (10€ environ) à la suite de la publication des statistiques montrant que les quantités de permis d'émission allouées excédaient les besoins réels ! Fin 2006, le prix du permis d'émission sur le marché spot s'écroule (proche de 0€) et tend vers les coûts de transaction (très faibles) entrainant avec lui quelques produits dérivés qui en étaient gavés mais sans que les gestionnaires ne le savent vraiment.
Cet effondrement de la valeur des droits d'émissions jusqu'en 2007 et un excédent de quotas par rapport à la demande pour cette période d'émission.
Ces mêmes gestionnaires ont découvert que les permis d'émissions ne sont pas transférable d'une période à l'autre, et donc que les permis valables pour 2005-2007 étaient sans valeur pour 2008 !
Acheter des droits d'émission était donc possible et bien moins coûteux que de réduire ses émissions !
Ce qui pouvait s'interpréter de différentes façons soit on considérait que c'était un échec et que les quotas étaient trop élevés.
Soit c'était une réussite : les réductions réalisées ont été en avance et suffisantes dès la fin 2005 !
Début 2008, lorsque les premiers (et donc nouveaux) quotas de la phase 2 ont été mis en vente, leur prix de marché était cette fois fixé autour de 20 € la tonne. Il est monté jusqu'à un peu moins de 29 € la tonne mi-2008. Début 2010, le prix de la tonne s'est stabilisé autour de 13 € la tonne. Cette fois les quotas de la phase 2 sont devenus utilisables et stockables pour la phase 3 (contrairement au passage phase 1 à la phase 2) et limiter les pertes des gestionnaires, si tu vois ce que je veux dire...
En Février 2015, les députés de la commission Environnement du Parlement Européen ont autorisé la création d'une "réserve de stabilité de marché" prévue pour fin 2018. L'objectif étant de réussir à réguler ce marché en retirant des quotas d'émission de CO2 en période de récession et en redistribuer en période de croissance.
Bref, la bourse CO2 est effectivement néé d'intentions louables et réellement progressistes, mais au final c'est un nouveau marché qui a bénéficié de soutiens importants du secteur financier lors de sa création et conduit à l'apparition de produits dérivés totalement incontrôlés qui n'ont pas fait que des heureux.
(Je te fais grâce de la fraude à la TVA (sur les quotas carbone !) qui a permis de détourner 1,6 milliard d'euros en France en 2008 et 2009 et 5 milliards d'euros pour l'ensemble des États membres de l’Union européenne, depuis, la TVA sur les quotas a été supprimée...)