Date du jour :15 mars 2026

57 ans d’histoire avec une BMW 2000CS : le récit de Dr.X

57 ans d’histoire avec une BMW 2000CS : le récit de Dr.X

Certaines voitures ne sont pas de simples véhicules, elles deviennent des membres de la famille, des témoins de vies et de souvenirs. C’est exactement ce que nous partage Dr.X avec sa BMW 2000CS de 1968. Depuis l’achat par son oncle jusqu’à son entretien, ses voyages et sa restauration, cette voiture a traversé les générations et les aventures.

Mais posséder une telle voiture est-il un plaisir ou un gouffre ? Dr.X , membre du Forum BMW nous répond à travers son histoire familiale et automobile. Plongeons dans son récit.

Photos de l'article : BMW 2000 CS : Dr.X pour Ma-BMW

Photos de l’article : BMW 2000 CS : Dr.X pour Ma-BMW

Quand une BMW 2000CS devient un héritage

Hier, frais mais ensoleillé, j’ai sorti la « vieille salope allemande » pour lui dégourdir les bielles… C’est une 2000CS de 1968, première main, j’ai gagné mes premiers argents de poche à l’astiquer quand j’étais ado, elle m’a été confiée en 1997 et j’essaie d’en prendre soin depuis.

Naissance d’une légende : la BMW 2000CS de 1968

Elle a été commandée neuve, par mon oncle, célibataire, qui travaillait à l’étranger, directement chez BMW Allemagne, au printemps 1968. Il revenait tous les étés passer ses 2 mois de congés en métropole, dans notre région d’origine où se trouvait la maison de l’arrière grand-père, celle dans laquelle lui et ma maman sont tous deux nés avant la 2e guerre mondiale, où il conservait une voiture « de vacance » dans l’un des deux garages. Nous y passions aussi quelques semaines de nos vacances estivales, avant que mon père n’acquière sa propre maison, à quelques km, où nous prenons en 1972 nos habitudes (qui perdurent!).

Cette auto remplaçait la 404, qu’il avait cédé à mes parents, eux-mêmes rentrant cet été-là définitivement de l’étranger avec nous 5 (eh oui, les familles étaient plus nombreuses en ces années 60, tous ces boomers d’aujourd’hui!).

Mon oncle s’était assez longuement renseigné, notamment auprès de partenaires professionnels Allemands, l’un le poussant vers BMW, l’autre tentant de le convaincre de prendre une Porsche 911S. Il m’a toujours dit que question budget, ça n’était pas discriminant à l’époque, sans que je sache si c’était entre elles, ou par rapport à ses moyens de cadre sup expatrié, sans charges de famille.

Son choix s’était porté sur la BMW pour ses 2 places arrières, effectivement utilisables, car il lui arrivait de transporter sa maman (déjà veuve) ou quelques-uns de nous, ses 10 neveux ou nièces. Bon, au cours d’aujourd’hui une 911S de 1968 dans l’état de cette 2000CS, ça ne serait plus du tout dans le même créneau! D’ailleurs, probablement s’en serait-il défait bien avant…

La livraison était prévue à Bordeaux, elle eut lieu le 06/08/68, comme en atteste le certificat d’immatriculation en TT (transit temporaire, plaques rouges) et l’heureux propriétaire traversa la France d’ouest en est pour rejoindre les Alpes du Nord, où l’auto allait passer la très grande partie de sa vie.

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Je me souviens, c’était l’été de mes 10 ans, de l’émerveillement que me causa cette ligne très pure, ces surfaces vitrées immenses, sans montant, cet avant en gueule de poisson très étonnant, cet intérieur quasi « nautique », marine et bois, les touches de chrome, la finition d’un tout autre niveau, les vitres arrières électriques (pas assez de place pour des manivelles, avec les accoudoirs!).

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Mon intérêt ne s’est jamais démenti, mon attachement a perduré toutes ces années, sans doute une réaction un peu Proustienne… Nombre de quadras ou quincas recherchent aujourd’hui les voitures de leur enfance, moi, elle m’est restée, toujours présente dans ma vie depuis ce premier jour.

Les années capricieuses : entre fascination et contraintes

De ces années initiales lui vient le surnom de « la vieille salope Allemande » car les deux premières, le statut de TT (véhicule acheté hors taxes par un non-résident pour un usage personnel exclusif) imposait de mettre la voiture sur cales, batterie enlevée, et qu’elle ne puisse pas être utilisée par autrui en son absence, avec un plombage sur l’ouverture du capot, sous le contrôle du commissaire de police du coin! Méfiant, le percepteur. Moralité, après 10 mois de ce régime, l’auto ne démarrait à peu près jamais sans le secours du garagiste!

Quand j’étais là pour le redémarrage, je m’empressais de prendre soin de l’esthétique de la belle, extérieur, intérieur, ce qui ne déplaisait pas à son propriétaire, au demeurant très généreux, qui jamais ne s’était abaissé lui-même à des travaux si prosaïques… Les soins standardisés de base des professionnels (lavage + aspirateur en concession lors des révisions) étaient son mode opératoire. Il avait de toute façon jusque là toujours régulièrement changé ses autos, pro comme perso, tous les trois ou quatre ans, ainsi que ça se pratiquait dans ces années de fiabilité approximative et résistance à la corrosion comptées en mois plutôt qu’en années !

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Qui se souvient des premières campagnes de pub V.A.G « garantie 10 ans contre la corrosion perforante », qu’on présentait comme un exploit exclusif (et c’était probablement le cas). Les années suivantes, après 1970, une fois l’auto dédouanée, donc la TVA acquittée (sur la valeur Argus…) et l’immatriculation passée en série normale, ça n’allait pas mieux, en fait. Personne en son absence n’osait même démarrer l’auto et la sortir de son garage étroit pour lui faire prendre l’air… Elle a donc continué à se comporter de manière capricieuse, au point de récolter de la part de son propriétaire ce surnom peu flatteur.

Je lui prodiguais toujours des soins esthétiques approfondis, ce qui lui maintenait une apparence enviable. La qualité des chromes, des garnitures en skaï ou des peintures était il est vrai de bon niveau, les années ne la marquaient pas trop.

Il s’en est finalement beaucoup plaint, tout en la conservant fidèlement, jusqu’aux années 80, où sa carrière le ramena vers le siège social de son employeur, à Paris, où il emmena vivre sa vieille compagne capricieuse. Heureusement, il avait trouvé un appartement avec garage, c’était une condition impérative. Par contre, il se trouva assez vite en bute aux déjà détestables regards condescendants de l’atelier BMW de l’avenue de Versailles, qui lui dit très rapidement « mais Monsieur, nous ne faisons plus ces modèles en entretien, c’est trop vieux, il faut voir en banlieue, nous avons un indépendant partenaire qui s’en occupe, à Argenteuil« … Ulcéré, il décida alors assez rapidement, peut-être après seulement 2 ou 3 ans de vie commune parisienne, de se racheter une Peugeot de tous les jours et de remiser dans les Alpes, où elle avait jusque là vécu et su se faire entretenir par le mécano du coin, la vieille Allemande, pour les vacances.

Il faut dire que les Paris – les Alpes à fond de 4e, avec pause obligatoire au col de Bessey en Chaume sur l’A6 (au dessus de Beaune) pour refroidir l’auto montée de la plaine de Bourgogne thermomètre jusqu’en zone rouge n’étaient probablement pas du meilleur effet sur une auto qui approchait des 20 ans, et de technologie années 60… mais mon oncle était tout sauf un passionné de mécanique, fallait que ça roule, et le plus vite possible! « Elle chauffe en montée, ça m’emmerde »…

Un beau jour, au tout début des années 1990, l’auto en début d’été s’avéra fort malade, embrayage collé, démarrage impossible… Qu’importe, sa Peugeot S16 qui l’amenait de Paris pied au plancher était là et elle devint de facto le véhicule d’usage unique… La porte gauche du garage resta donc désormais fermée sur « la vieille », qui commença à prendre la poussière de manière pluri-annuelle, je ne la voyais plus rouler, juste ternir sous la poussière accumulée, en jetant un œil désolé depuis la porte de droite.

Passage de relais : la garde de la BMW en famille

A l’été 1997, alors que je lui rendais visite, comme très régulièrement, lors de mes séjours « au pays », mon oncle me prit par le bras, m’entraînant vers le garage et me dit: « j’ai décidé, elle est en panne depuis 6 ans, je vais bazarder la vielle salope Allemande ».

-« Quoi, mais tu ne peux pas faire ça, après 29 ans, c’est toute une époque, des souvenirs pour nous tous. L’épaviste, il va même te demander 500F, et aller la remettre en marche dans ton dos pour la revendre, ça va être la risée du coin, c’est ridicule »
-« Oui, mais elle me bouffe un garage, elle est vieille, elle est en panne, et je ne veux plus m’en occuper »
-« Si c’est que la question de s’en occuper, c’est pas un problème, si tu veux, je m’en occupe »
-« Ah, bon, tu serais prêt à t’en occuper? »
-« Oui, plutôt que la voir partir à la casse ou faire les choux gras d’un inconnu, c’est évident »
-« Bon, alors c’est d’accord, tu la débarrasses et tu t’en occupes »

Je pense qu’il avait bien préparé sa petite scène et jaugé le bon prospect… voilà comment, depuis l’été 1997, je me retrouve « gardien » de la chose… qui avait alors 29 ans et 161,000km.

Je l’ai faite dépanner, remettre en état par son mécano de toujours, l’ai nettoyée puis emmenée chez moi, jusque dans l’Oise où j’habitais et disposais d’une remise pour l’abriter, avec la faculté de la faire tourner régulièrement (hors jours de pluie!). J’ai pu aussi prendre le temps d’un « detailing » intérieur bien nécessaire, l’immobilisme et l’humidité avaient commencé leur travail sournois, retrouver et changer quelques pièces rares abîmées.

En 2001, c’est ma propre carrière, qui à son tour, m’expédie à l’étranger. Plus de maison, plus de remise… à l’été 2001 j’ai donc sollicité mon oncle pour la place de gauche du garage de la maison familiale. Fort heureusement, le garage n’avait pas depuis 4 ans accueilli d’autre pensionnaire permanente à gauche, il a consenti de bonne grâce. Une fois la table de ping-pong repliée à sa place au fond, la BMW a retrouvée sa place, serrée contre le mur, mais quand même couverte désormais par mes soins d’une bâche intérieure d’hivernage !

Restauration et transmission : l’émotion retrouvée

20 années ont passées ainsi, à démarrer et sortir une à deux fois par an au cours de l’été, aller passer les contrôles techniques, espacés de deux ou trois ans mais seulement 150 à 600km les meilleures années!
En 2021, j’ai pu obtenir chez un passionné un créneau pour entreprendre une restauration carrosserie – peinture, avant que les choses ne se dégradent trop.

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A l’été 2021, je suis allé récupérer la voiture et l’ai ramenée directement dans les Alpes, où sa première visite a été pour mon oncle, rutilante, sortant de peinture. Il en a fait le tour, s’est assis en place passager puis a fini par me lâcher « Elle est très belle. Tu as gagné le droit de m’emmener faire un tour un de ces jours »….
Je pense qu’il était ému de la retrouver comme à l’origine, 53 ans plus tard, et sans doute rassuré du choix qu’il avait fait de me la confier 24 ans auparavant.

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Le surlendemain, grand beau temps, je suis allé le chercher, il m’a guidé sur les parcours qu’il faisait avec elle, grand amoureux de « ses chères montagnes », il n’a pas voulu reprendre le volant.

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Je suis heureux d’avoir pu faire ces travaux et qu’il en voit de son vivant le résultat. Il nous a quitté en mars 2023, à 91 ans, j’ai aujourd’hui à peu près l’âge qu’il avait quand il m’a confié l’engin, et à mon tour, je me demande comment et à qui passer le relais.

C’est à la fois un plaisir, mais aussi une charge (pas négligeable, au fil des ans) et quelque part un devoir, donc pas forcément un cadeau, si c’est dans le but de conserver la mémoire à travers l’objet…

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 La parole est à vous sur le forum

Ma-BMW remercie chaleureusement Dr.X, membre de notre forum, pour avoir partagé ce récit exceptionnel, à la fois émouvant sur le plan personnel et passionnant sur le plan automobile. Son histoire rappelle combien une voiture peut traverser les générations et devenir le témoin d’une vie entière.

Nous souhaitons une longue vie à cette BMW 2000CS de 1968 et vous invitons, chers lecteurs, à découvrir la suite de cette aventure et à partager vos impressions ou vos propres expériences sur notre forum.

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